Sindbad PUZZLE

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jeudi 31 mars 2011

Carl Sandburg : Arithmetic / Mathématiques

Homework, Winslow Homer
Arithmetic

Arithmetic is where numbers fly like pigeons in and out of your head.
Arithmetic tells you how many you lose or win if you know how many you had before you lost or won.
Arithmetic is seven eleven all good children go to heaven-or five six bundle of sticks.
Arithmetic is numbers you squeeze from your head to your hand to your pencil to your paper till you get the answer.
Arithmetic is where the answer is right and everything is nice and you can look out of the window and see the blue sky-or the answer is wrong and you have to start all over and try again and see how it comes out this time.
If you take a number and double it and double it again and then double it a few more times, the number gets bigger and bigger and goes higher and higher and only arithmetic can tell you what the number is when you
decide to quit doubling.
Arithmetic is where you have to multiply-and you carry the multiplication table in your head and hope you won't lose it.
If you have two animal crackers, one good and one bad, and you eat one and a striped zebra with streaks all over him eats the other, how many animal crackers will you have if somebody offers you five six seven and you say No no no and you say Nay nay nay and you say Nix nix nix?
If you ask your mother for one fried egg for breakfast and she gives you two fried eggs and you eat both of them, who is better in arithmetic, you or your mother?

Essai de traduction :

Mathématiques

Les mathématiques, c’est quand les chiffres vont et viennent dans ta tête en volant comme des pigeons.
Les mathématiques te disent combien tu perds ou gagnes quand tu sais combien tu avais avant de perdre ou de gagner.
Les mathématiques c’est un deux trois je m’en vais au bois – ou un kilomètre à pied ça use ça use
Les mathématiques ce sont ces chiffres dans ta tête que tu presses comme un citron jusqu'à en faire couler sur ta main et ton stylo et ta feuille la bonne réponse.
Les mathématiques, c’est quand la réponse est juste et tout est beau et tu peux regarder par la fenêtre et voir le ciel bleu – ou la réponse est fausse et tu dois tout recommencer du début et réessayer et voir combien cela donne cette fois.
Si tu prends un chiffre et que tu le doubles et le doubles encore et le doubles encore plusieurs fois, le chiffre devient de plus en plus gros et élevé et seuls les mathématiques peuvent te dire quel est ce chiffre quand tu as décidé d'arrêter de doubler.
Les mathématiques c’est quand tu dois multiplier – tu dois garder la table de multiplication dans ta tête en espérant que tu ne vas pas l’oublier.
Si tu as deux crackers en forme d’animaux, un bon et un pas bon, et que tu en manges un et qu'un zèbre avec des tas de rayures partout sur son corps mange l’autre, combien de crackers en forme d’animaux tu auras si quelqu’un t’en offre cinq six sept et que tu dis Non non non et que tu dis Nan nan nan et que tu dis Na na na ?
Si tu demandes à ta maman de te faire un œuf pour le petit déjeuner et qu’elle te donne deux œufs frits et tu les manges tous les deux, qui est meilleur en mathématiques, toi ou ta maman ?

Carl Sandburg

mardi 29 mars 2011

Carl Sandburg : Lost / Perdu

Nocturne : Blue and Silver-Bognor, James Whistler

LOST

DESOLATE and lone
All night long on the lake
Where fog trails and mist creeps,
The whistle of a boat
Calls and cries unendingly,
Like some lost child
In tears and trouble
Hunting the harbor's breast
And the harbor's eyes.

Essai de traduction :

PERDU

Abandonné et seul
Toute la nuit durant sur le lac
Là où le brouillard se traîne et la brume rampe,
Le sifflet d'un navire
Appelle et pleure interminablement,
Comme un enfant perdu
En larmes et angoissé
Cherchant le sein du port
Et les yeux du port.

Carl Sandburg

Carl Sandburg : The Fog / Le brouillard

Fifth Avenue from the St. Regis, Alvin Langdon Coburn

THE FOG

THE fog comes
on little cat feet.

It sits looking
over harbor and city
on silent haunches
and then moves on.


Essai de traduction :

LE BROUILLARD

Le brouillard vient
A petits pas de chats

Silencieusement
Il se poste assis
Au-dessus du port et de la ville
Et regarde
Puis doucement il s'éloigne.

Carl Sandburg

Carl Sandburg : Plowboy / Laboureur

Spring in the Country, Grant Wood

PLOWBOY

AFTER the last red sunset glimmer,
Black on the line of a low hill rise,
Formed into moving shadows, I saw
A plowboy and two horses lined against the gray,
Plowing in the dusk the last furrow.
The turf had a gleam of brown,
And smell of soil was in the air,
And, cool and moist, a haze of April.

I shall remember you long,
Plowboy and horses against the sky in shadow.
I shall remember you and the picture
You made for me,
Turning the turf in the dusk
And haze of an April gloaming.


Essai de traduction :

LABOUREUR

Après la dernière lueur rougeâtre du couchant
Noirs sur la ligne d’une petite éminence
Formés d’ombres mouvantes, j’ai vu
Un laboureur et deux chevaux alignés contre le gris,
Labourant dans le crépuscule le dernier sillon.
La terre avait un éclat brunâtre
L’odeur de la terre était dans l’air,
Et fraîche et humide la brume d'Avril.

Je me souviendrai longtemps de vous,
Laboureur et chevaux, découpés contre le ciel en ombres.
Oui, je me souviendrai de vous et de l’image
Que vous avez formée pour moi,
Retournant la terre dans le crépuscule
Par un soir brumeux d'Avril.

Carl Sandburg

mardi 15 mars 2011

Emily Dickinson : Morning is due to all

A sunrise on Lake George, Sanford Robinson Gifford
Morning is due to all-
To some-the Night-
To an imperial few-
The Auroral light.

Le Matin est dû à tous
A certains - la Nuit -
A quelques êtres souverains -
L'Aurorale lumière

Emily Dickinson

dimanche 13 mars 2011

Carl Sandburg : Buffalo Dusk

Albert Bierstadt
Buffalo Dusk

The buffaloes are gone.
And those who saw the buffaloes are gone.
Those who saw the buffaloes by thousands and how they pawed the prairie sod into dust with their hoofs, their great heads down pawing on in a great pageant of dust.
Those who saw the buffaloes are gone.
And the buffaloes are gone.

Carl Sandburg

Emily Dickinson : Those - dying then

Twilight in the Wilderness, Frederick Chruch

"Those - dying then,
Knew where they went -
They went to God's Right Hand -
The Hand is amputed now
And God cannot be found -

The abdication of Belief
Makes the Behavior small -
Better an ignis fatuus
Than no illume at all -

Ceux qui mouraient alors
Savaient où ils allaient -
Ils allaient, c'était clair,
A la Droite de Dieu -
Or cette Droite aujourd'hui est tranchée
Et Dieu on ne sait où -

Mais abdiquer sa Foi
Rapetisse la Conduite -
Mieux vaut un feu follet
Que nulle lumière -

Emily Dickinson

Trad. Pierre Leyris, in Esquisse d'un anthologie de la poésie américaine du XIXe siècle, Gallimard

jeudi 10 mars 2011

Emily Dickinson : A Word is Dead

The Tale, William Merit Chase
Le verbe est vivant et créateur nous dit Emily Dickinson :

"A word is dead
When it is said,
Some say.

I say it just
Begins to live
That day."

"Un mot est mort
Quand il est dit,
Disent-ils.
Je dis, moi,
Qu'il commence à vivre
Ce jour-là."

Emily Dickinson

Trad. Pierre Leyris, in Esquisse d'une anthologie de la poésie américaine du XIXe siècle, Gallimard

mercredi 9 mars 2011

Emily Dickinson : There's a certain Slant of Light

Walter Launt Palmer

Les après-midi d’hiver, un certain rayon de lumière oblique frappe (Heavenly Hurt) certaines personnes et exerce sur elles une action transfiguratrice.
On aurait tort de croire qu’il s’agit ici de la lumière naturelle du soleil. Les terme « oblique » (slant) et Céleste (Heavenly) nous indiquent que l'auteur fait allusion à une lumière d'une nature autre que matérielle, la lumière oblique est d'essence subtile et spirituelle et agit par conséquent sur l'état spirituel de celui qui la perçoit. Elle ne peut être appréhendée, étudiée ou comprise (None may teach it). Elle ne laisse aucune marque (scar) sur le corps mais agit sur l'âme en exerçant sur elle un pouvoir d’attraction (heft). L'âme alors s'éveille au monde spirituel et perçoit les significations profondes (meanings) de la forêt de symboles qui l'entoure. Le monde retrouve son sens perdu. Il parle à l'individu et devient compréhensible. De morte, la nature reprend vie : le paysage écoute (landscape listens) et les ombres respirent (breath). Cette lumière oblique, en se retirant, ne peut que laisser au vide créé derrière elle les apparences de la mort.

There's a certain Slant of light,
Winter Afternoons -
That oppresses, like the Heft
Of Cathedral Tunes -

Heavenly Hurt, it gives us -
We can find no scar,
But internal difference,
Where the Meanings, are -

None may teach it - Any -
'Tis the Seal Despair -
An imperial affliction
Sent us of the Air -

When it comes, the Landscape listens -
Shadows - hold their breath -
When it goes, 'tis like the Distance
On the look of Death -
---------------
Traduction (je suis plutôt réservé quant à cette traduction) :

Il est un certain Rai oblique
Des Après-midi d'Hiver
Qui oppresse comme Pèsent
Tels Hymnes de Cathédrale.

Il nous porte un Coup Céleste -
Ensuite, aucune cicatrice
Mais une référence interne
Au siège des divers Sens.

Nul ne peut l'enseigner - Personne -
C'est le Sceau nommé Désespoir -
Une affliction souveraine
Nous est mandé par les Airs -

Vient-elle, le Paysage écoute -
Les Ombres retiennent leur souffle -
S'en va-t-elle, c'est comme la Distance
Que trahit l'aspect de la Mort.

Emily Dickinson

Trad. Pierre Leyris, in Esquisse d'une anthologie de la poésie américaine du XIXe siècle, Gallimard

mercredi 2 mars 2011

Emily Dickinson : At least - to pray - is left - is left

Approaching Storm, Edward Mitchell Bannister

At least—to pray—is left—is left—
Oh Jesus—in the Air—
I know not which thy chamber is—
I'm knocking—everywhere—

Thou settest Earthquake in the South—
And Maelstrom, in the Sea—
Say, Jesus Christ of Nazareth—
Hast thou no Arm for Me?

Au moins - prier - reste - reste -
Ô Jésus - des Airs -
Je ne sais quelle est ta chambre -
Je frappe - partout -

Toi qui fais trembler la Terre
Et qui déchaînes la Mer,
Dis, Jésus de Nazareth,
N'as-tu pas un Bras pour Moi ?

Emily Dickinson

Emily Dickinson : A Light exists in Spring

Squam Lake, William Trost Richards

Un poème de circonstance, à l’approche du Printemps. Une lumière particulière, uniquement présente à cette période de l’année, existe et illumine l’espace. Par la contemplation de cette lumière quasi surnaturelle, l’observateur entre en communion avec la nature et connaît une véritable expérience mystique et gnostique. L'évanouissement progressif de cette lumière au fil des heures de la journée laisse dans l’âme un sentiment de perte semblable à une profanation.

A light exists in spring
Not present on the year
At any other period.
When March is scarcely here

A color stands abroad
On solitary hills
That science cannot overtake,
But human nature feels.

It waits upon the lawn;
It shows the furthest tree
Upon the furthest slope we know;
It almost speaks to me.

Then, as horizons step,
Or noons report away,
Without the formula of sound,
It passes, and we stay:

A quality of loss
Affecting our content,
As trade had suddenly encroached
Upon a sacrament.

Emily Dickinson

dimanche 27 février 2011

Emily Dickinson : Wild Nights - Wild Nights !

Moonlight on the Sound, Childe Hassam

Certains poèmes d'Emily Dickinson me font penser à des mystiques musulmans tels Rûmi, Ibn Arabi ou Hafez. Le poème Wild Nights - Wild Nights a été interprété par certains comme une allégorie du désir sexuel et par d'autres comme un chant mystique évoquant le voyage de l'âme vers Dieu et l'union divine. De nombreux poèmes de Hafez jouent sur cette ambivalence et l'on sait qu'Ibn Arabî eut des ennuis avec les Docteurs de la Loi (fuqaha) pour son poème mystique Tarjuman al-Ashwaq (Le chant de l'ardent désir) :

Wild Nights - Wild Nights !
Were I with thee
Wild Nights should be
Our luxury !

Futile - the Winds -
To a Heart in port -
Done with the Compass -
Done wiht the Chart !

Rowing in Eden -
Ah, the Sea !
Might I but moor - Tonight -
In Thee !

------------
Folles Nuits - Folles Nuits !
Fussé-je avec toi,
De folles Nuits seraient
Notre luxe !

Les Vents ? Bagatelle
Pour un Coeur au port !
Carte, Compas,
Par-dessus bord !

Ramer dans l'Eden
Ah ! La Mer !
Que ne puis-je - ce soir -
Jeter l'ancre en Toi.

Trad. Michel Leyris, in Esquisse d'une anthologie de la poésie américaine du XIXe siècle, Gallimard

Emily Dickinson : There is a Solitude of Space

Eaton's Neck, Long Island, John Frederick Kensett

There is a Solitude of Space d'Emily Dickinson me fait penser à un poème de la mystique musulmane Rabia qui déclarait que son repos, elle le trouvait dans le recueillement auprès de son Bien-Aimé. Il me fait également songer à des sermons de Maître Eckhart sur le Vide où l'âme, débarrassée de ses pulsions sensuelles, se trouve isolée et où elle entend alors le Verbe fécondateur.

There is a solitude of space
A solitude of sea
A solitude of death, but these
Society shall be
Compared with that profounder site
That polar privacy
A soul admitted to itself-
Finite infinity.

Il est une solitude de l'espace,
Une solitude de la mer,
Une solitude de la mort - mais elles
Paraîtront sociables
Pour peu qu'on les compare à ce retrait profond,
A cet isolement polaire
D'une Âme qui reçoit elle-même -
Infinité finie.

Trad. Pierre Leyris, in Esquisse d'une anthologie de la poésie américaine du XIXe siècle, Gallimard

jeudi 24 février 2011

Emily Dickinson : I'm nobody! Who are you?

Fishin', Winslow Homer

I'm nobody! Who are you?
Are you nobody, too?
Then there's a pair of us-don't tell!
They'd banish us, you know.

How dreary to be somebody!
How public, like a frog
To tell your name the livelong day
To an admiring bog!

Je ne suis Personne ! Et vous ?
N'êtes-vous non plus - Personne ?
Alors, nous faisons la paire !
Mais chut ! Gare à la Gazette !

Quel ennui d'être - Quelqu'un !
Quelle exhibition - batracienne -
Que de s'annoncer tout le long de Juin
Au bourbier ébaubi !

Emily Dickinson

Trad. Michel Leyris, in Esquisse d'une anthologie de la poésie américaine du XIXe siècle, Gallimard

Emily Dickinson : My river runs to thee

The Oxbow, Thomas Cole

Un petit poème, comme une prière, adressée par la rivière à la mer ou par l'âme à Dieu :

My river runs to thee-
Blue sea, wilt welcome me?

My river waits reply.
Oh sea, look graciously!

I'll fetch thee brooks
From spotted nooks-

Say, sea,
Take me!

Angie Dickinson

samedi 19 février 2011

Styron : Darkness Visible (Extrait)

Orion in December, Charles Burchfield

"The vast metaphor which most faithfully respresents the fathomless ordeal [of depression], however, is that of Dante, and his all-too-familiar lines still arrest the imagination with their augury of the unknowable, the black struggle to come :

In the middle of the journey of our life
I found myself in a dark wood,
For I had lost the right path.

One can be sure that these words have been more than once employed to conjure the ravages of melancholia, but their somber foreboding has often overshadowed the last lines of the best-known part of that poem, with their evocation of hope. To most of those who have experienced it, the horror of depression is so overwhelming as to be quite beyond expression, hence the frustrated sense of inadequacy found in the work of even the greatest artists. But in science and art the search will doubtless go on for a clear representation of its meaning, which sometimes, for those who have known it, is a simulacrum of all the evil of our world: of our everyday discord and chaos, our irrationality, warfare and crime, torture and violence, our impulse toward death and our flight from its held in the intolerable equipoise of history. If our lives had no other configuration but this, we should want, and perhaps deserve, to perish; if depression had no termination, then suicide would, indeed, be the only remedy. But one need not sound the false or inspirational note to stress the truth that depression is not the soul's annihilation; men and women who have recovered from the disease - and they are countless - bear witness to what is probably its only saving grace: it is conquerable.
For those who have dwelt in depression's dark wood, and known its inexplicable agony, their return from the abyss is not unlike the ascent of the poet, trudging upward and upward out of hell's black depths and at last emerging into what he saw as "the shining world." There, whoever has been restored to health has almost always been restored to the capacity for serenity and joy, and this may be indemnity enough for having endured the despair beyond despair.

And so we came forth, and once again beheld the stars."

William Styron, Darkness Visible, Jonathan Cape, London

jeudi 17 février 2011

Robert Frost : Birches

Winter Afternoon, Willard Leroy Metcalf

Birches, l’un des touts premiers poèmes de Robert Frost. Il lui a amené le succès et fait connaître du grand public. Tous les thèmes principaux de l’œuvre à venir sont déjà présents dans ce poème : l’évocation puissante de la nature, les conflits intérieurs entre l’envie d’évasion et les responsabilités à assumer, le paradis perdu de l’enfance, l’aspiration à s’élever vers le ciel et l’attirance irrésistible vers la terre, le va-et-vient entre rêve et réalité…

Birches

When I see birches bend to left and right
Across the lines of straighter darker trees,
I like to think some boy's been swinging them.
But swinging doesn't bend them down to stay.
Ice-storms do that. Often you must have seen them
Loaded with ice a sunny winter morning
After a rain. They click upon themselves
As the breeze rises, and turn many-coloured
As the stir cracks and crazes their enamel.
Soon the sun's warmth makes them shed crystal shells
Shattering and avalanching on the snow-crust
Such heaps of broken glass to sweep away
You'd think the inner dome of heaven had fallen.
They are dragged to the withered bracken by the load,
And they seem not to break; though once they are bowed
So low for long, they never right themselves:
You may see their trunks arching in the woods
Years afterwards, trailing their leaves on the ground,
Like girls on hands and knees that throw their hair
Before them over their heads to dry in the sun.
But I was going to say when Truth broke in
With all her matter-of-fact about the ice-storm,
I should prefer to have some boy bend them
As he went out and in to fetch the cows--
Some boy too far from town to learn baseball,
Whose only play was what he found himself,
Summer or winter, and could play alone.
One by one he subdued his father's trees
By riding them down over and over again
Until he took the stiffness out of them,
And not one but hung limp, not one was left
For him to conquer. He learned all there was
To learn about not launching out too soon
And so not carrying the tree away
Clear to the ground. He always kept his poise
To the top branches, climbing carefully
With the same pains you use to fill a cup
Up to the brim, and even above the brim.
Then he flung outward, feet first, with a swish,
Kicking his way down through the air to the ground.
So was I once myself a swinger of birches.
And so I dream of going back to be.
It's when I'm weary of considerations,
And life is too much like a pathless wood
Where your face burns and tickles with the cobwebs
Broken across it, and one eye is weeping
From a twig's having lashed across it open.
I'd like to get away from earth awhile
And then come back to it and begin over.
May no fate willfully misunderstand me
And half grant what I wish and snatch me away
Not to return. Earth's the right place for love:
I don't know where it's likely to go better.
I'd like to go by climbing a birch tree
And climb black branches up a snow-white trunk
Toward heaven, till the tree could bear no more,
But dipped its top and set me down again.
That would be good both going and coming back.
One could do worse than be a swinger of birches.

Robert Frost

mardi 15 février 2011

William Styron : Darkness Visible


4e de couverture :

In the summer of 1985, William Styron was overtaken by persistent insomnia and a troubling sense of malaise - the first signs of a deep depression that would engulf his life and leave him on the brink of suicide.
Darkness Visible describes his devastating descent into depression, taking us on an unprecedented journey into the realm of madness. It is an intimate portrait of the agony of Styron's ordeal, as well as a probing look at an illness that affects millions but is still widely misunderstood.
"To most of those who have experienced it", Styron writes, "the horror of depression is so overwhelming as to be quite beyond expression." Through his remarkable candour and powers of description comes a true understanding of the anguish of a mind desperate unto death. Written in Styron's clear and marvellously compelling prose, Darkness Visible is a bold and ultimately uplifting exploration of depression's dark reality.

Avis personnel :

Darkness Visible est le récit par William Styron de la dépression nerveuse dont il fut victime durant 6 mois à l’âge de 60 ans et qui le mena au bord du suicide.
L'auteur commence par nous montrer que la dépression est une maladie dont on sait encore bien peu de choses. Elle se manifeste sous des formes très différentes et variées selon les personnes et avec une intensité allant du simple « blues » à la folie mentale (madness). Cette maladie, échappant à toute description précise, ne peut par conséquent être comprise par ceux qui n’en sont pas atteints. L’impossibilité du malade de faire comprendre sa douleur, renforce son sentiment d'isolement dans la souffrance. Il se trouve confronté à chaque fois qu’il évoque son mal-être aux sempiternelles banalités assénées par son entourage pour le réconforter : « C’est un mauvais moment à passer », « Ce sont des choses qui arrivent », « On a tous des hauts et des bas »…
William Styron nous montre que la dépression peut atteindre un tel niveau de souffrance qu'elle peut conduire sa victime au suicide. Chaque objet anodin de la vie quotidienne dans une maison pouvant alors devenir une arme potentielle. Le dépressif a l’impression que son crâne est balayé par une tempête dévastatrice qui provoque en lui confusion, angoisse, insomnie, pensées morbides… Pour l'auteur, le terme même de « dépression » pour évoquer cette maladie est totalement inapproprié car il ne rend aucune compte du degré de souffrance qu'elle peut atteindre. Le terme qui serait le plus adapté pour décrire cette sensation de "tempête noire" (black storm) qui balaye le crâne serait celui de « Brainstorm » (« Tempête cérébrale »). Mais il est déjà accaparé par le monde de l’entreprise pour désigner un exercice de réflexion collectif visant à dégager des solutions innovatrices.
Afin de sortir de sa maladie, William Styron, écoutant les conseils de ses proches, décide de consulter un médecin et de se faire suivre par un psychiatre. La démarche s’avère non seulement inutile mais même dangereuse. Styron qualifie les consultations avec son psychiâtre "d'échanges de platitudes". Son médecin lui prescrit même un médicament à des doses bien plus fortes que celles recommandées pour une personne de son âge. Ce surdosage ne fait que renforcer ses troubles psychiques jusqu'au point d'alimenter des obsessions suicidaires en lui.
Suite à un malaise provoqué par une sensation d’étouffement et de noyade, Styron est conduit à l’hôpital. Cette hospitalisation se révèle salutaire pour lui car à partir de ce moment le processus de rétablissement de sa santé s’amorce. Le fait d’être coupé de sa maison et de son environnement quotidien lui apportent un réconfort inespéré. L’arrêt de la prise des médicaments entraînent également une disparition rapide de ses envies suicidaires. Sa santé se rétablit. Il reprend goût à la vie et retrouve son sens de l’humour. Afin d’occuper son temps, Styron participe aux séances de thérapies de groupe et d’art thérapie organisées au sein de l’établissement. Bien que reconnaissant qu'elles puissent avoir leur utilité pour certaines personnes, elles s'avérèrent totalement stériles pour lui, notamment les séances d’art thérapie qu’il qualifie d’infantilisation organisée, ce qui nous vaut au détour quelques passages véritablement comiques.
L’ouvrage se termine par quelques considérations philosophiques sur la dépression. Styron l'apparente à une véritable traversée de l’enfer. L'écrivain recommande simplement aux malades de tenir bon, de patienter et de s'entourer de gens qui les aiment. Tôt ou tard, la lumière finira par poindre au bout du sentier escarpé. Styron nous confie que ce sont essentiellement la réclusion et le temps qui ont été les principaux remèdes à guérison (For me the real healers were seclusion and time).
Pour finir, Styron s’interroge également sur les causes qui ont entraîné la dépression nerveuse chez lui. Il émet plusieurs hypothèses : sevrage alcoolique, stress accumulé au cours des années, peur de la page blanche, perte de sa mère... Mais les hypothèses n’étant que ce qu’elles sont, Styron choisit de reconnaître humblement le caractère profondément mystérieux de cette maladie et conclut : "Mystérieuse dans sa survenue, mystérieuse dans son départ, la maladie poursuit son chemin, et le malade finit par trouver la paix" (Mysterious in its coming, mysterious in its going, the affliction runs its course, and one finds peace.)
Darkness Visible est paru en français sous le titre "Face aux ténèbres":

samedi 12 février 2011

Emily Dickinson : It's all I have to bring today

A Clear Day, William Wendt

Ravissant petit poème d'amour. Simple et beau.

It's all I have to bring today,
          This, and my heart beside,
This, and my heart, and all the fields,
          And all the meadows wide.
Be sure you count, should I forget -
          Some one the sum could tell –
This, and my heart, and all the bees
          Which in the clover dwell.

Emily Dickinson

Emily Dickinson : To make a prairie it takes a clover and one bee

The Nooning, Winslow Homer

Il faut peu de choses et un peu de rêverie pour créer tout un monde. Et même si ce peu de choses s'avérait insuffisant, la rêverie à elle seule suffirait.

To make a prairie it takes a clover and a bee-
One clover, and a bee,
And revery,
The revery alone will do
If bees are few.

Il faut pour faire une prairie
Un trèfle et une abeille -
Un seul trèfle, une abeille
Et quelque rêverie.
La rêverie suffit
Si vous êtes à court d'abeilles.

Emily Dickinson

Trad. Michel Leyris, in Esquisse d'une anthologie de la poésie américaine du XIXe siècle, Gallimard