Sindbad PUZZLE

Retrouvez des chefs-d'oeuvre de la miniature persane et indienne en PUZZLES sur le site : http://www.sindbad-puzzle.com/

Affichage des articles dont le libellé est Emily Dickinson. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Emily Dickinson. Afficher tous les articles

dimanche 1 mai 2011

Emily Dickinson et Rabia al-Adawiya les Recluses

The Place at the Window, Julian Alden Weir

En lisant Emily Dickinson (m. 1886), je reste frappé des similitudes que je relève entre elle et son œuvre avec celles d'une autre mystique, musulmane et arabe celle-là, qui vécut au VIIIe siècle (m. 801), Rabia al-Adawiya. A commencer déjà par leur vie de recluses. Les deux d'ailleurs sont désignées, chacune dans leur culture, par le qualificatif de "Recluses". Leur poésie aussi se fait l'écho de convergences étonnantes dont la plus flagrante est certainement leur contenu mystique. Il faudrait un jour qu'un étudiant en littérature comparée mène une étude comparative entre les œuvres des deux mystiques. J'ose ce terme de "mystique" pour Emily Dickinson car pour moi son œuvre est empreinte de spiritualité dans sa quête de l'indicible et d'extase mystique. En la lisant, je ne peux manquer de mettre en parallèle des poèmes de Rûmî ou de Hâfez.
Voici ci-dessous un exemple frappant de similitudes entre Emily Dickinson et Rabia. Les deux poétesses expriment leur désir de se réfugier dans la solitude car vivre au sein de la société est devenu pour elles une véritable souffrance depuis qu'elles ont fait l'expérience mystique d'une rencontre avec le Divin.

Emily Dickinson :

Society for me my misery
Since Gift of Thee
Supplice pour moi que la société
Depuis le Don de Toi
[1]

Un des plus célèbres poèmes de Rabia al-Adawiya commence par ces vers :

Mon repos, ô frères, est dans ma solitude,
Mon Aimé est toujours en ma présence.
Rien ne peut remplacer l'amour que j'ai pour Lui,
Mon amour est mon supplice parmi les créatures.
[2]

[1] Emily Dickinson, Quatrains, traduction de Claire Malroux, Gallimard
[2] Chants de la recluse, Traduit de l'arabe par Mohammed Oudaimah et Gérard Pfister, Arfuyen

mardi 15 mars 2011

Emily Dickinson : Morning is due to all

A sunrise on Lake George, Sanford Robinson Gifford
Morning is due to all-
To some-the Night-
To an imperial few-
The Auroral light.

Le Matin est dû à tous
A certains - la Nuit -
A quelques êtres souverains -
L'Aurorale lumière

Emily Dickinson

dimanche 13 mars 2011

Emily Dickinson : Those - dying then

Twilight in the Wilderness, Frederick Chruch

"Those - dying then,
Knew where they went -
They went to God's Right Hand -
The Hand is amputed now
And God cannot be found -

The abdication of Belief
Makes the Behavior small -
Better an ignis fatuus
Than no illume at all -

Ceux qui mouraient alors
Savaient où ils allaient -
Ils allaient, c'était clair,
A la Droite de Dieu -
Or cette Droite aujourd'hui est tranchée
Et Dieu on ne sait où -

Mais abdiquer sa Foi
Rapetisse la Conduite -
Mieux vaut un feu follet
Que nulle lumière -

Emily Dickinson

Trad. Pierre Leyris, in Esquisse d'un anthologie de la poésie américaine du XIXe siècle, Gallimard

jeudi 10 mars 2011

Emily Dickinson : A Word is Dead

The Tale, William Merit Chase
Le verbe est vivant et créateur nous dit Emily Dickinson :

"A word is dead
When it is said,
Some say.

I say it just
Begins to live
That day."

"Un mot est mort
Quand il est dit,
Disent-ils.
Je dis, moi,
Qu'il commence à vivre
Ce jour-là."

Emily Dickinson

Trad. Pierre Leyris, in Esquisse d'une anthologie de la poésie américaine du XIXe siècle, Gallimard

mercredi 9 mars 2011

Emily Dickinson : There's a certain Slant of Light

Walter Launt Palmer

Les après-midi d’hiver, un certain rayon de lumière oblique frappe (Heavenly Hurt) certaines personnes et exerce sur elles une action transfiguratrice.
On aurait tort de croire qu’il s’agit ici de la lumière naturelle du soleil. Les terme « oblique » (slant) et Céleste (Heavenly) nous indiquent que l'auteur fait allusion à une lumière d'une nature autre que matérielle, la lumière oblique est d'essence subtile et spirituelle et agit par conséquent sur l'état spirituel de celui qui la perçoit. Elle ne peut être appréhendée, étudiée ou comprise (None may teach it). Elle ne laisse aucune marque (scar) sur le corps mais agit sur l'âme en exerçant sur elle un pouvoir d’attraction (heft). L'âme alors s'éveille au monde spirituel et perçoit les significations profondes (meanings) de la forêt de symboles qui l'entoure. Le monde retrouve son sens perdu. Il parle à l'individu et devient compréhensible. De morte, la nature reprend vie : le paysage écoute (landscape listens) et les ombres respirent (breath). Cette lumière oblique, en se retirant, ne peut que laisser au vide créé derrière elle les apparences de la mort.

There's a certain Slant of light,
Winter Afternoons -
That oppresses, like the Heft
Of Cathedral Tunes -

Heavenly Hurt, it gives us -
We can find no scar,
But internal difference,
Where the Meanings, are -

None may teach it - Any -
'Tis the Seal Despair -
An imperial affliction
Sent us of the Air -

When it comes, the Landscape listens -
Shadows - hold their breath -
When it goes, 'tis like the Distance
On the look of Death -
---------------
Traduction (je suis plutôt réservé quant à cette traduction) :

Il est un certain Rai oblique
Des Après-midi d'Hiver
Qui oppresse comme Pèsent
Tels Hymnes de Cathédrale.

Il nous porte un Coup Céleste -
Ensuite, aucune cicatrice
Mais une référence interne
Au siège des divers Sens.

Nul ne peut l'enseigner - Personne -
C'est le Sceau nommé Désespoir -
Une affliction souveraine
Nous est mandé par les Airs -

Vient-elle, le Paysage écoute -
Les Ombres retiennent leur souffle -
S'en va-t-elle, c'est comme la Distance
Que trahit l'aspect de la Mort.

Emily Dickinson

Trad. Pierre Leyris, in Esquisse d'une anthologie de la poésie américaine du XIXe siècle, Gallimard

mercredi 2 mars 2011

Emily Dickinson : At least - to pray - is left - is left

Approaching Storm, Edward Mitchell Bannister

At least—to pray—is left—is left—
Oh Jesus—in the Air—
I know not which thy chamber is—
I'm knocking—everywhere—

Thou settest Earthquake in the South—
And Maelstrom, in the Sea—
Say, Jesus Christ of Nazareth—
Hast thou no Arm for Me?

Au moins - prier - reste - reste -
Ô Jésus - des Airs -
Je ne sais quelle est ta chambre -
Je frappe - partout -

Toi qui fais trembler la Terre
Et qui déchaînes la Mer,
Dis, Jésus de Nazareth,
N'as-tu pas un Bras pour Moi ?

Emily Dickinson

Emily Dickinson : A Light exists in Spring

Squam Lake, William Trost Richards

Un poème de circonstance, à l’approche du Printemps. Une lumière particulière, uniquement présente à cette période de l’année, existe et illumine l’espace. Par la contemplation de cette lumière quasi surnaturelle, l’observateur entre en communion avec la nature et connaît une véritable expérience mystique et gnostique. L'évanouissement progressif de cette lumière au fil des heures de la journée laisse dans l’âme un sentiment de perte semblable à une profanation.

A light exists in spring
Not present on the year
At any other period.
When March is scarcely here

A color stands abroad
On solitary hills
That science cannot overtake,
But human nature feels.

It waits upon the lawn;
It shows the furthest tree
Upon the furthest slope we know;
It almost speaks to me.

Then, as horizons step,
Or noons report away,
Without the formula of sound,
It passes, and we stay:

A quality of loss
Affecting our content,
As trade had suddenly encroached
Upon a sacrament.

Emily Dickinson

dimanche 27 février 2011

Emily Dickinson : Wild Nights - Wild Nights !

Moonlight on the Sound, Childe Hassam

Certains poèmes d'Emily Dickinson me font penser à des mystiques musulmans tels Rûmi, Ibn Arabi ou Hafez. Le poème Wild Nights - Wild Nights a été interprété par certains comme une allégorie du désir sexuel et par d'autres comme un chant mystique évoquant le voyage de l'âme vers Dieu et l'union divine. De nombreux poèmes de Hafez jouent sur cette ambivalence et l'on sait qu'Ibn Arabî eut des ennuis avec les Docteurs de la Loi (fuqaha) pour son poème mystique Tarjuman al-Ashwaq (Le chant de l'ardent désir) :

Wild Nights - Wild Nights !
Were I with thee
Wild Nights should be
Our luxury !

Futile - the Winds -
To a Heart in port -
Done with the Compass -
Done wiht the Chart !

Rowing in Eden -
Ah, the Sea !
Might I but moor - Tonight -
In Thee !

------------
Folles Nuits - Folles Nuits !
Fussé-je avec toi,
De folles Nuits seraient
Notre luxe !

Les Vents ? Bagatelle
Pour un Coeur au port !
Carte, Compas,
Par-dessus bord !

Ramer dans l'Eden
Ah ! La Mer !
Que ne puis-je - ce soir -
Jeter l'ancre en Toi.

Trad. Michel Leyris, in Esquisse d'une anthologie de la poésie américaine du XIXe siècle, Gallimard

Emily Dickinson : There is a Solitude of Space

Eaton's Neck, Long Island, John Frederick Kensett

There is a Solitude of Space d'Emily Dickinson me fait penser à un poème de la mystique musulmane Rabia qui déclarait que son repos, elle le trouvait dans le recueillement auprès de son Bien-Aimé. Il me fait également songer à des sermons de Maître Eckhart sur le Vide où l'âme, débarrassée de ses pulsions sensuelles, se trouve isolée et où elle entend alors le Verbe fécondateur.

There is a solitude of space
A solitude of sea
A solitude of death, but these
Society shall be
Compared with that profounder site
That polar privacy
A soul admitted to itself-
Finite infinity.

Il est une solitude de l'espace,
Une solitude de la mer,
Une solitude de la mort - mais elles
Paraîtront sociables
Pour peu qu'on les compare à ce retrait profond,
A cet isolement polaire
D'une Âme qui reçoit elle-même -
Infinité finie.

Trad. Pierre Leyris, in Esquisse d'une anthologie de la poésie américaine du XIXe siècle, Gallimard

jeudi 24 février 2011

Emily Dickinson : I'm nobody! Who are you?

Fishin', Winslow Homer

I'm nobody! Who are you?
Are you nobody, too?
Then there's a pair of us-don't tell!
They'd banish us, you know.

How dreary to be somebody!
How public, like a frog
To tell your name the livelong day
To an admiring bog!

Je ne suis Personne ! Et vous ?
N'êtes-vous non plus - Personne ?
Alors, nous faisons la paire !
Mais chut ! Gare à la Gazette !

Quel ennui d'être - Quelqu'un !
Quelle exhibition - batracienne -
Que de s'annoncer tout le long de Juin
Au bourbier ébaubi !

Emily Dickinson

Trad. Michel Leyris, in Esquisse d'une anthologie de la poésie américaine du XIXe siècle, Gallimard

Emily Dickinson : My river runs to thee

The Oxbow, Thomas Cole

Un petit poème, comme une prière, adressée par la rivière à la mer ou par l'âme à Dieu :

My river runs to thee-
Blue sea, wilt welcome me?

My river waits reply.
Oh sea, look graciously!

I'll fetch thee brooks
From spotted nooks-

Say, sea,
Take me!

Angie Dickinson

samedi 12 février 2011

Emily Dickinson : It's all I have to bring today

A Clear Day, William Wendt

Ravissant petit poème d'amour. Simple et beau.

It's all I have to bring today,
          This, and my heart beside,
This, and my heart, and all the fields,
          And all the meadows wide.
Be sure you count, should I forget -
          Some one the sum could tell –
This, and my heart, and all the bees
          Which in the clover dwell.

Emily Dickinson

Emily Dickinson : To make a prairie it takes a clover and one bee

The Nooning, Winslow Homer

Il faut peu de choses et un peu de rêverie pour créer tout un monde. Et même si ce peu de choses s'avérait insuffisant, la rêverie à elle seule suffirait.

To make a prairie it takes a clover and a bee-
One clover, and a bee,
And revery,
The revery alone will do
If bees are few.

Il faut pour faire une prairie
Un trèfle et une abeille -
Un seul trèfle, une abeille
Et quelque rêverie.
La rêverie suffit
Si vous êtes à court d'abeilles.

Emily Dickinson

Trad. Michel Leyris, in Esquisse d'une anthologie de la poésie américaine du XIXe siècle, Gallimard

Emily Dickinson : There is no frigate like a book

Summer Sunlight, Childe Hassam

"There is no frigate like a book". Magnifique hymne au livre considéré par la poétesse comme un véritable moyen de transport capable d'emporter le lecteur vers les horizons les plus lointains et cela à un prix défiant toute concurrence. Alors, amis lecteurs, prenez donc un livre et bon voyage à vous !

There is no frigate like a  book
          To take us lands away,
Nor any coursers like a page
          Of prancing poetry,
This traverse may the poorest take
          Without oppress of toll,
How frugal is the chariot
          That bears a human soul!

Emily Dickinson

Emily Dickinson : I never saw a moor

A storm, William Trost Richards
Ce n'est pas parce qu'on ne voit pas une chose ou qu'on ne l'a jamais vue qu'elle n'existe pas et qu'il ne faut pas croire en elle. Emily Dickinson établit cela avec grâce dans le poème suivant.

"I never saw a moor
I never saw the sea,
Yet know I how the heather looks,
And what a wave must be.

I never spoke with God,
Nor visited in heaven,
Yet certain am I of the spot
As if the chart were given."

Emily Dickinson