Sindbad PUZZLE

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samedi 23 février 2013

Edward Hopper : le principe fondateur de la peinture

Edward Hopper, Road in Maine, 1914


Edward Hopper déclarait en 1964, dans une interview sur NBC : « Je sais bien que des peintres contemporains vont manifester le plus grand mépris pour cette citation. Mais je la lirai quand même. Goethe a dit : « La fin première et dernière de toute activité littéraire, c’est la reproduction du monde qui m’entoure via le monde qui est en moi ; toute chose devant être saisie, reprise et recrée, assimilée et reconstruite sous une forme personnelle et originale ». Pour moi, c’est le principe fondateur de la peinture. Et, je sais qu’il existe mille opinions différentes sur la peinture et que beaucoup objecteront que c’est dépassé et désuet. Mais, pour moi, c’est une vérité première. »

mardi 12 février 2013

Gauguin : La Femme à la Fleur

La Femme à la Fleur


"Mais laissons-lui [Gauguin] le soin de décrire, à propos d'un de ses tout premiers tableaux, la rencontre du peintre et de sa première Tahitienne :
"Pour bien m'initier à ce caractère d'un visage tahitien,à tout ce charme d'un sourire maorie, je désirais depuis longtemps faire un portrait d'une voisine de vraie race tahitienne. Je le demandais un jour qu'elle s'était enhardie à venir regarder dans ma case des images photographiques de tableaux [...] j'essayais d'esquisser quelque-uns de ses traits, ce sourire surtout si énigmatique. Je lui demandais à faire son portrait. Elle fit une moue désagréable. [...] puis elle se sauva. [...] Une heure après, elle revint dans une belle robe. Etait-ce une lutte intérieure, ou le caprice (très maorie) ou bien encore un mouvement de coquetterie qui ne veut se livrer qu'après résistance ? J'eus conscience que dans mon examen de peinture, il y avait comme une demande tacite de se livrer, se livrer pour toujours sans pouvoir se reprendre, une fouille perspicace de ce qui était au-dedans. Peu jolie, en somme, comme règle européenne : belle pourtant, tous ses traits avaient une harmonie raphaélique, dans la rencontre des courbes, la bouche modelée par un sculpteur parlant toutes les langues du langage et du baiser, de la joie et de la souffrance : cette mélancolie de l'amertume mêlée au plaisir, de la passivité résidant dans la domination. Toute une peur de l'inconnu.
"Je travaillais vite, avec passion. Ce fut un portrait ressemblant à ce que mes yeux voilés par mon coeur ont aperçu. Je crois surtout qu'il fut ressemblant à l'intérieur. Ce feu robuste d'une force contenue. Elle avait une fleur à l'oreille qu'écoutait son parfum. Et son front, dans sa majesté, par des lignes surélevées, rappelait cette phrase de Poe : "Il n'y a pas de beauté parfaite sans une certaine singularité dans les proportions." Le tableau qui fut le fruit de cette visite est, après une esquisse où le modèle porte la fleur à l'oreille, la belle Vahiné no te tiare (La Femme à la Fleur) du musée de Copenhague."

Source : Françoise Cachin, Gauguin, Le Livre de Poche

mardi 29 janvier 2013

Sisley : Chemin montant au soleil

Chemin montant au soleil, A. Sisley, 1893


Le sentier qui monte et se perd à l’horizon est un thème récurrent dans l’œuvre de Sisley, mais jamais encore il n’avait revêtu l’importance que lui donne le Chemin montant au soleil. C’est probablement dans la tradition hollandaise du XVIIe siècle, chez Hobbema en particulier, qu’il faut en chercher la source. La route qui relie le premier plan au lointain, ménage une percée spectaculaire au centre de la toile et induit une vision allant au-delà du visible.
La structure de l’espace, toujours primordiale chez Sisley, représente ici une véritable prouesse, car le fort escarpement du coteau sur la droite et la montée abrupte du raidillon sont restitués sans le concours de la moindre verticale. Seules des formes arrondies, la meule sur le talus de gauche, les bouquets d’arbres vers le fond du vallon et les deux belles frondaisons centrales suggèrent les différences de niveaux. L’étagement des plans est rendu de façon très rigoureuse par la succession des ombres, d’un arbre invisible, des petits personnages, du clocher au fond. Ce procédé, Sisley l’applique également au ciel : « Le ciel a des plans comme les terrains » écrit-il. Les nuages blancs prestement enlevés sur le bleu intense du ciel, auquel répondent les accords orangés et ocre de la végétation, assoupis par le plein soleil de l’après-midi, impriment à l’œuvre une cadence qui lui confère cette sorte de silence méditatif propre aux meilleures œuvres de Sisley.

Source : Musée des Beaux-Arts de Rouen

dimanche 27 janvier 2013

Adriaen Coorte : Groseilles à maquereau

Adriaen Coorte, Groseilles à maquereau, 1701

Peut-être, au bout du compte, le temps qui a rendu à l'anonymat cette peinture sur papier contrecollé sur un bois lui a-t-il donné le seul sens qui vaille ? La signature peinte sur l'épaisseur de la pierre sur laquelle est posée cette branche de groseilles à maquereau ne désigne plus personne. Adriaen Coorte est né vers..., est mort vers... Il a peint. Point. Inutile de chercher à savoir ce qu'il fut. De la même manière des monogrammes peints sur telle et telle toile de cette même époque ne désignent plus aucun nom. Seule demeure une énigme, seule demeure l'énigme qu'est l'oeuvre. Au moins l'anonymat de ces oeuvres épargnent ces commentaires imbéciles qui forgent d'une manière inconséquente des explications biographiques. 
Reste à regarder la pulpe sensuelle de ces groseilles qui ne sont pas si différentes des grenades et qui, comme elles, désignent l'immortalité. Ce qui n'exclut pas qu'elles mettent en évidence la fécondité de la Vierge comme la résurrection du Christ. Ce qui n'interdit pas d'y reconnaître la charité chrétienne offerte à tous les hommes. Ou peut-être la communion au sein de l'Eglise...

Source : Pascal Bonnafoux, Vies silencieuses. Natures mortes du siècle d'or hollandais, in Beaux-Arts, Juillet 1999

Jan Davidsz de Heem, Livres sur une table

Jan Davidsz de Heem, Livres sur une table, 1628



Sans doute la table sur laquelle ces livres ont été abandonnés est-elle dressée dans un cabinet. Qu'importe que l'on puisse ou que l'on ne puisse pas, ici ou là, lire les titres des volumes ouverts. Ces livres sont ce que l'homme sait ou croit savoir. Ils sont les signes de sa connaissance comme ils sont le signe de ses doutes, de ses angoisses peut-être. Et ces livres ouverts, ces livres lus et relus, ces livres annotés sans doute, murmurent ensemble la même phrase de l'Ecclésiaste : "Vanité des vanités, tout est vanité." Ou peut-être invitent-ils le lecteur à se ressouvenir encore et encore de l'Imitation de Jésus-Christ et à répéter : "Vanité de s'attacher à ce qui passe si vite et de ne pas se hâter vers la joint qui ne finit point." Ces livres abandonnés sont des vanités. Ils assènent tous la même certitude de l'Ecclésiaste (ch, 1, 8) : "L'oeil n'est pas rassasié de ce qu'il voit ni l'oreille remplie de ce qu'elle entend." Implacables, ils somment de ne pas oublier cet ordre de l'Imitation : "Vivez sur la terre comme un voyageur et un étranger à qui les choses du monde ne sont rien." Cette nature morte conduit à la méditation qui est celle de Faust selon Goethe : "Il me faudra peut-être lire ces milliers de volumes, pou y voir que les hommes se sont tourmentés sur tout."

Source : Pascal Bonnafoux, Vies silencieuses. Natures mortes du siècle d'or hollandais, in Beaux-Arts, Juillet 1999

Daniel Seghers : Vase de fleurs

Daniel Seghers, Vase de fleurs, vers 1635


Inconséquent méprise que de ne vouloir regarder dans un pareil bouquet que l'enchevêtrement baroque des formes, des couleurs et des matières.
Cette composition n'est pas que le froissement de satin ou de soie d'un pétale, que l'épaisseur charnue d'une feuille ou la transparence d'un verre.
Les tulipes sont un signe de la vanité de la collection, de la curiosité, comme les roses désignent l'amour miséricordieux de la Vierge. Et le bleuet ne peut qu'évoquer la double nature de l'incarnation du Christ pour le sacrifice et la rédemption. C'est le Christ, toujours, que désigne l'ancolie dont chacun des sept pétales s'accorde aux vertus théologales que sont la foi, l'espérance et la charité comme aux vertus cardinales que sont la prudence, la justice, la tempérance et la force. C'est la vertu encore que symbolisent le chardon et la châtaigne protégés l'un et l'autre par des piquants hérissés. Ailleurs, les cinq pétales de l'églantine comme les cinq pétales de la pensée parlent des cinq plaies du Christ. Et l'oeillet évoque encore la rédemption par la Passion du Christ. En revanche, il revient à la jacinthe et au narcisse d'évoquer la mort comme au pavot de désigner le sommeil éternel.

Source : Pascal Bonnafoux, Vies silencieuses. Natures mortes du siècle d'or hollandais, in Beaux-Arts, Juillet 1999