Sindbad PUZZLE

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mercredi 29 décembre 2010

Dr Paul Carton : Le rôle capital de l'hygiène alimentaire



"Le régime alimentaire bien compris est la cause prédominante de la santé et le levier principal de la guérison, parce que le mode d'excitation et de nutrition le plus important s'effectue par les voies digestives.
L'erreur alimentaire est à la base de toutes les maladies. Les affections aiguës, en effet, sont toujours précédées d'une série de troubles digestifs prémonitoires (perte d'appétit, mal de tête, fermentations, aigreurs, nausées, vomissements, diarrhée, constipation, etc...) et les maladies chroniques apparaissent secondairement à des affections sérieuses des voies digestives (jaunisse, gastrite, entérite, appendicite, fièvre typhoïde). Enfin, de toutes les maladies, les plus fréquentes sont celles qui atteignent les organes de la digestion. Les cancers des voies digestives sont, entre autres, de beaucoup les plus nombreux.
Or, l'alimentation préconisée et suivie de nos jours constitue un défi au bon sens et une hérésie scientifique. En effet, la nourriture copieuse, trop carnée, trop concentrée, que tout le monde recherche par préjugé ou par ordonnance, est la source la plus considérable des maladies arthritiques et infectieuses, parce que la suralimentation et les aliments trop forts épuisent les forces vitales en les surexcitant à l'excès, brûlent les voies digestives et les émonctoires par le travail de combustion démesuré qu'ils exigent, salissent les humeurs et, enfin, empoisonnent par les déchets toxiques, auxquels ils donnent naissance. Certes, sur le moment, le régime dit "fortifiant" fait trépider les nerfs et les muscles, pousse à la graisse, congestionne le visage et confère les apparences de la santé ; mais, les forces ainsi gaspillées, les tissus rouillés par la graisse, le système cardio-vasculaire distendu par la pléthore produisent, une fois la phase de tolérance dépassée, des encrassements organiques, des scléroses multiples et des ruptures vasculaires, en un mot, du vieillissement prématuré de l'organisme. En matière de régime, comme en toute chose d'ailleurs, c'est donc faire preuve d'un aveuglement extrême que de considérer seulement le résultant immédiat et momentané, sans jamais examiner les déterminations tardives. C'est pourquoi on ne saurait trop répéter que : plus on mange, moins on a de forces ; plus on mange, plus on s'use et plus on s'empoisonne."

Paul Carton, Le Décalogue de la Santé, Librairie Le François, 1941

Barjavel : Hommage au Dr Paul Carton (2)

Dr Paul Carton, La cuisine simple, Librairie Le François

"J'ai raconté dans le Journal d'un homme simple, comment, en suivant les prescriptions de bon sens de la médecine cartonienne, je m'étais guéri tout seul, sans un milligramme de médicaments, en quelques mois, d'une grave attaque de tuberculose, alors maladie mortelle. Je savais pourquoi j'étais malade, j'ai supprimé les causes, la maladie s'est évaporée.
La médecine d'aujourd'hui sait de mieux en mieux combattre les maladies, mais plus du tout comment empêcher les bien-portants de devenir malades. Il lui faudra beaucoup oublier et beaucoup réapprendre pour devenir la médecine de demain, celle que nous espérons. Ce devrait être une harmonieuses synthèse des principes de la médecine hippocratique-cartonienne, et des moyens efficaces de la médecine moderne."

René Bajavel, Demain le paradis, Denoël, p. 35

Barjavel : Hommage au Dr Paul Carton (1)

Dr Paul Carton (1875-1947)

"Je l'ai [Dr Paul Carton] rencontré, une fois. Jeune père, je ne comprenais pas pourquoi mes deux enfants (dix-huit mois et six mois) ne sortaient d'une otite que pour entrer dans une rhinopharyngite ou vice versa. Ils étaient surveillés par un excellent pédiatre dont nous suivions méticuleusement les conseils alimentaires. Et ils continuaient d'être malades et de souffrir. C'est à cette époque que je perdis le sommeil. Je guettais dans la nuit le premier pleur de ma fille ou de mon fils. Je sautais aussitôt hors du lit pour prendre mon bébé dans les bras, le bercer, lui parler doucement, essayer de le calmer et de le distraire de son mal. Il continuait de pleurer en frottant son oreille de son petit poing fermé. La souffrance d'un enfant est horrible. Il ne sait pas, il ne comprend pas, il subit cette chose atroce qui s'est installée en lui et le déchire, et les parents ne peuvent rien faire pour le soulager. J'aurais voulu prendre son mal, souffrir de la tête aux pieds pourvu qu'il fût délivré. Mais ce genre de substitution ne fonctionne pas. C'est dommage.
Ma femme me relayait jusqu'à ce que, épuisés tous les trois, nous sombrions dans le sommeil. D'où nous tirait une nouvelle morsure de la bête tapie dans la petite tête, et le cri stupéfait de sa victime...
Au matin, le pédiatre alerté accourait et perçait le tympan. Tout le monde était enfin soulagé ! Le petit malade retrouvait le sourire. Ses parents aussi. Trois jours après, c'était l'autre oreille...
Un ami me conseilla de consulter le Dr Carton. Il habitait Brévannes et recevait peu de clientèle. Je lui écrivis pour lui demander rendez-vous. Il me répondit de lui envoyer d'abord la liste minutieuse de toutes les nourritures et boissons avalées par nos enfants pendant une semaine. Ce que nous fîmes. Puis nous lui conduisîmes les bébés.
C'était un homme d'aspect sévère, pourvu d'une longue barbe blanche. Il nous reçut dans son bureau un peu sombre, nous fit asseoir, prit sur la table une feuille de papier sur laquelle je reconnus mon écriture - c'était ma "liste alimentaire !" - , l'agita vers nous, et prononça ces mots que je n'oublierai jamais :
- Vous êtes des assassins !
C'était excessif, mais exact. Nous étions en train, en suivant les conseils de la pédiatre moderne, non pas de tuer nos enfants qui avaient une solide résistance, mais de les torturer, en croyant agir pour leur bien.
Il nous garda plus d'une heure, pour nous expliquer l'évidence, nous conseilla de lire deux de ses livres, nous dit le prix de sa consultation, qui était élevé, et s'en excusa en précisant qu'il prenait cher parce qu'il ne revoyait plus ses clients...
- Vous n'aurez plus besoin de me consulter.
C'était vrai. Nous suivîmes ses prescriptions, qui ne comportaient aucun médicament, et nos enfants ne furent plus jamais malades. Nous les avions tout simplement remis à un régime naturel et de bon sens.
C'était à la fin des années 30. Il était de mode, alors, d'administrer trop tôt aux bébés des nourritures trop riches. Leur organisme ne pouvait pas les assimiler, accumulait les toxines, et s'en débarrasser au moyen de maladies qui étaient des crises de "nettoyage". Je crains que cette mode ne continue, quand j'entends, l'hiver, des jeunes mères parler d'otites...[...]
Carton a réinventé la nourriture et la médecine naturelles. Il les avait baptisées "naturistes". Il a rejeté ce mot avec horreur quand le naturisme est devenu synonyme de nudisme! Pendant qu'il se battait contre les laboratoires pharmaceutiques, contre les industriels du sucre et des bonbons, contre les pontes de la médecine classique, des hommes astucieux commençaient déjà à le piller, de son vivant.
Dans son livre essentiel, La Cuisine simple, il n'est pas un seul menu qui ne comporte une salade de légumes crus. C'était avant l'invention industrielle des "vitamines". Un de ses élèves est devenu milliardaire et célèbre en fabriquant des produits dits "diététiques" qui se vendent dans le monde entier. Il n'a jamais cité le nom de son maître. Tous les "diététiciens" et les "nutritionnistes" - quels mots horribles! - l'ont piraté, lui prenant quelques miettes de vérité qu'ils ont mélangées à des montagnes d'erreur pour les commercialiser.
Les innombrables boutiques qui vendent aujourd'hui des produits dits "naturels" ou "de régime" ont germé sur le cartonisme, se nourrissant de lui sans même le connaître.
Carton est mort pauvre, toujours furieux, toujours combattant. Il avait fait une chute de six mètres alors qu'il cueillait des cerises. Côtes brisées, décalcifié, colonne vertébrale tordue, il s'enferma dans un corset aux baleines de fer, pour pouvoir continuer à recevoir un client par jour, et rester utile jusqu'à sa fin."

René Barjavel, Demain le paradis, Denoël, pp. 31-3

lundi 4 octobre 2010

"La cuisine de Fès n'a pas sa pareille"


"Comment sont les musulmans des autres pays ?
- Il y a des Blancs et des Noirs, des Chinois, des Indiens, des Perses, et même des Russes. Peu d'entre eux parlent notre langue. Pour communiquer, on était obligé d'utiliser des signes. Ils ne mangent pas comme nous non plus. Et je dois dire que, quand nous, Marocains, nous partagions avec nos voisins les plus proches notre nourriture, ils en étaient béats d'admiration. Fès, messieurs, et tout est dans Fès. Notre cuisine n'a pas sa pareille. Qu'y a-t-il de mieux que le tajine de viande et ses légumes mijotés, le poulet rôti avec son citron confit et ses olives, la pastilla avec ses pigeons et ses amandes, le vrai couscous aux sept légumes de chez nous ? Un jour, je me suis laissé tenter par un groupe d'Indiens qui m'ont fait goûter un de leurs plats. On ne m'y reprendra plus. Une bouchée a suffi. C'était le feu de la géhenne. J'ai failli en étouffer. Un autre jour, c'était au tour d'un Tunisien de me proposer le plat préféré de ses compatriotes : la mloukhiya. J'ai cru d'abord qu'il s'agissait de nos gombos, car je les aime bien, les gombos, contrairement à votre oncle Touissa. Mais, quand il m'a servi, j'ai vu une bouillie verdâtre-noirâtre dont la seule odeur remuait le cœur. J'y ai trempé mon pain par politesse. Ça avait le goût du henné, et la viande qui l'accompagnait, c'était du caoutchouc. Dieu nous en préserve !
- Il paraît qu'ils font du couscous au poisson, renchérit son fils, décidé à enliser la discussion dans ces plates considérations.
- Et pourquoi pas avec du cochon ? s'esclaffa haj Mohammed, provoquant l'hilarité générale. Il n'y a rien à dire, si tu veux bien manger, ne voyage pas, reste chez toi. Fès, mon ami, ses grandes maisons ! Les mains en or de ses maîtresses femmes ! Même avec des fèves sèches, elles te préparent un régal à t'en dévorer les doigts.
- Et l'eau, l'eau de Fès, ajoute Driss, douce comme du miel.
- Bien sûr, approuve haj Mohammed, un des bienfaits de Moulay Idriss, que sa baraka dure."

Abdellatif Laâbi, Le fond de la jarre, Folio, p. 175-6

lundi 13 septembre 2010

Bulbul Sharma : "La colère des aubergines"

La colère des aubergines, Bulbul Sharma, Editions Picquier.


4e de couverture :

Qui meurt dîne, La Colère des aubergines, Folie de champignons, Festin pour un homme mort... : quelques titres de ces récits donnent un avant-goût de leur saveur. Les histoires racontées, pleines d'odeurs de cuisine, puissamment évocatrices des rapports et des conflits entre les membres d'une maisonnée indienne, soulignent bien sûr le rôle déterminant qu'y jouent la nourriture et celles qui la préparent. Des femmes croquées sur le vif y livrent des instants de bonheur, des secrets de famille, d'amour, d'enfance qui ont parfois la violence du désir ou l'amertume de la jalousie. Mais les véritables héroïnes sont ces recettes qu'il s'agisse de confectionner un pickle de mangue, un gâteau de carottes ou un curry d'aubergines au yaourt, le lecteur goûtera, du palais et de la langue, l'alchimie des aromates indiens.

Avis personnel :

La colère des aubergines est un recueil de nouvelles qui nous plonge au cœur d'une Inde des classes moyennes. Chacune de ces nouvelles gravite autour d'un thème culinaire et se termine par une recette de cuisine en lien avec l'histoire contée. Les nouvelles sont émouvantes, tendres et drôles. L'auteur croque avec beaucoup d'acuité la psychologie et la personnalité des indiens de cette classe moyenne et n'épargne aucun de ses travers. Ainsi, Bulbul Sharma nous montre bien cette démarche très pragmatique et calculatrice des parents lorsqu'il s'agit de trouver le meilleur parti pour leurs enfants. On évalue avec soin le niveau social, le cursus universitaire, la situation financière du parti convoité. On détaille ses attraits physiques et on ne manque pas de lancer des traits féroces envers le plus petit de ses défauts physiques.
On relèvera dans le livre qu'en dépit de l'interdiction religieuse formelle pour les hindous de manger de la viande, ceux-ci ne se privent pas pour autant pour confectionner les mets les plus exquis à base de viande. Ce livre bouscule nombre de nos clichés sur une Inde que l'on perçoit parfois essentiellement sous l'angle de la misère, du système des castes, d'hindous strictement végétariens.... Bulbul Sharma nous montre une société indienne complexe, plurielle, partagée entre la modernité et le poids des traditions, où les différentes cultures se croisent et dont la cuisine par sa variété et ses mélanges de goûts nous offre une illustration particulièrement pertinente de la richesse de cette société indienne.
On lit La colère des aubergines en imaginant les odeurs et les saveurs. Le livre nous donne envie de se lancer dans la préparation des recettes indiquées ou tout du moins de se précipiter dans un restaurant indien pour déguster les plats évoqués par l'auteur. La colère des aubergines est à savourer sans modération.