Sindbad PUZZLE

Retrouvez des chefs-d'oeuvre de la miniature persane et indienne en PUZZLES sur le site : http://www.sindbad-puzzle.com/

Affichage des articles dont le libellé est Al-Hallâj. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Al-Hallâj. Afficher tous les articles

vendredi 21 janvier 2011

Hallâj : "Les brises de Sa pitié"

Photo Robert Swier

 "Un des signes de Sa toute-puissance est qu'Il envoie les "brises de Sa pitié" [Coran, VII, 57] vers les coeurs de Ses amoureux, leur portant la bonne nouvelle que les voiles de la réserve vont s'écarter, pour qu'il parcourent sans crainte toute l'étendue de l'amour : et qu'Il les abreuve aussi largement du breuvage de la joie. Et les souffles de Sa générosité passent sur eux, - ils les bannissent de leurs qualités et les ressuscitent en Ses qualités et Ses attributs même, car nul ne peut fouler le tapis étendu de la Vérité, tant qu'il demeure au seuil de la séparation, tant qu'il ne voit en toutes les essences une seule Essence, tant qu'il ne voit ce qui passe comme périssant, et Celui qui demeure comme Subsistant".

Louis Massignon, La Passion de Hallâj, Gallimard, 1975, t. III, p. 49

mercredi 19 janvier 2011

Hallâj : L'Humanité de Dieu


A qui al-Hallâj fait allusion dans les vers ci-dessous ? Massignon y voyait Jésus en tant que manifestation du fiat divin. Certains soufis y verraient Khidr, les chiites, leur Imâm en tant que Mazhâr-e Khuda et les Hindous, Rama ou Krishna. Jésus avait été un sujet de méditation de prédilection pour al-Hallâj. Ne déclarait-il pas qu'il mourrait dans "la religion de la Croix" ? Et Massignon avait relevé dans le vocabulaire hallâgien l'empreinte importante des qarmates. Toujours est-il que les propos d'al-Hallâj sont particulièrement intrigants et mystérieux.

"Subhâna man azhara nâsûtuhu..." :

Louange à Celui qui, dans son Humanité, a manifesté (aux Anges)
Le mystère de la gloire de Sa Divinité radieuse !
Et qui, depuis, S'est montré à Sa créature (humaine), ouvertement.
Sous la forme de quelqu'un "qui mange et qui boit"
[1].
Si bien que Sa créature a pu Le voir face à face,
Comme le clin d'oeil (va) de la paupière à la paupière !


Louis Massignon, La Passion de Hallâj, Gallimard, 1975, t. I, p. 113
---------------
[1] "âkil wa sharib", ces termes visent Jésus dans le Coran, au verset V, 75

lundi 17 janvier 2011

Les Riwayât d'al-Hallâj



Les Riwayât de Hallâj sont des hadith qudsi c'est à dire des hadith où l'on fait parler Dieu à la première personne. Comme pour tous les hadith, les Riwayât sont composées de deux parties : l'isnad (la chaîne des rapporteurs ou témoins par lesquels le hadith a été transmis) et le matn (le corps du texte). Mais dans les isnad des Riwayât, Hallâj ne donne pas de noms de transmetteurs, il les remplace par l'invocation d'une série de phénomènes naturels (nuage, arc-en-ciel, tonnerre, éclair, vent ...) et par des symboles coraniques (le Jujubier du limite, la Tablette bien gardée, le grand Ange...). Al-Hallâj prend ainsi les phénomènes naturels et les symboles coraniques comme témoins, garants et preuves de l'authenticité des hadith qudsi qu'il énonce. A bien des égards, les Riwayât nous font penser à certaines sourates de la période mecquoise qui débutent par des serments : "par la nuit, par l'aurore, par l'étoile à son lever...".
Selon Louis Massignon, les Riwayât font partie de la toute première période littéraire de Hallâj. Au nombre de vingt-sept en tout, elles se caractérisent par leur brièveté et leur simplicité ; ce sont essentiellement des exhortations populaires à mener une vie intérieure fervente, pleine de piété et de renoncement.

En voici quelques unes de ces Riwayât :

Riwaya VII :

"Par le rêve véridique, par l'ange sage, par le grand Kérub[l'ange Isrâfil ou Azraël], par la Tablette bien gardée, par la Science : "Nul n'adore Dieu par un acte qui Lui soit plus agréable qu'en L'aimant."

Riwaya XI :

"Par le nuage amoncelé, par l'éclair qui ravit, par le tonnerre sacré, par l'ange de la grâce, - par cette énergie tenue en réserve, dont les cataractes bruissent dans le mystère, à l'horizon de la lumière, entre le soleil et la lune : "Le Qur'ân est la résurrection, et le monde est le signe du paradis et de l'enfer. Heureux celui que la connaissance du Créateur détache de celle du créé !"

Riwaya XXI :

"Par l'heure des heures, par la beauté, par la grâce, par la volonté intime, de la part de Dieu : "L'amour de Mes amis démontre Mon amour, la volonté de Mes saints démontre Ma volonté, le précepte de Mes sages démontre Mon précepte. Tout ce qui existe, existe de par Ma science, Ma puissance et Ma volonté."

Louis Massignon, La Passion de Hallâj, Gallimard, 1975, t. III, pp. 344-352

dimanche 16 janvier 2011

Hallâj : La prière de l'aube

Etienne Dinet, La prosternation, prière au lever du jour
Hallâj, Riwâya I :

"(Ceci m'est annoncé :) par l'esprit vivifiant, la lueur de l'ouïe et la vision de l'homme, toutes deux de la part de l'Absolu, du mystère, du Nom évident, de Dieu : "que la race d'Adam ne M'offre pas de culte plus agréable que la prière, prosternée à terre, au moment de la fin de la nuit".

Louis Massignon, La Passion de Hallâj, Gallimard, 1975, t. III, p. 345

Hallâj : Muhammad et sa descendance


Riwâya XVIII d'al-Hallâj :

"Par la nature (de l'homme), par l'ombre étendue, par le témoin exalté, par la clarté incomparable : "Dieu n'a jamais créé de nature humaine plus affectionnée par Lui que (celle de) Muhammad et (de) sa descendance ('itra) : ils ont toutes les qualités (khulq) pour le Paradis."

Louis Massignon, La Passion de Hallâj, Gallimard, 1975, t. III, p. 348

vendredi 14 janvier 2011

Hallâj : Sauvez-moi de Dieu


"Ibn Marduyé a dit :

"J'ai vu Hallâj, dans le sûq al-Qata'i, pleurer, plein de chagrin, et s'écrier : "ô gens ! sauvez-moi de Dieu (à trois reprises) ! - puis il récita : car Il m'a ravi à moi-même, et Il ne me rend pas à moi-même ! et je ne puis Lui témoigner les égards dus à sa présence, car j'ai crainte de son abandon. - Alors, Il me laissera désert, délaissé, proscrit ! et malheur à celui que se sent désert après la Présence et abandonné après la Jonction ! - et l'on pleurait."

Louis Massignon, La Passion de Hallâj, Gallimard, 1975, t. I, p. 329

Hallâj : Ma barque s'est brisée


"Oui, va-t-en prévenir mes amis que je me suis
embarqué en mer et que ma barque s'est brisée
C'est dans la confession de la Croix que je mourrai
je ne me soucie plus d'aller à la Mekke ni à Médine !"

Louis Massignon, La Passion de Hallâj, Gallimard, 1975, t. I, p.

Hallâj : Rien que Toi


"J'ai étreint, de tout mon être, tout Ton amour, ô ma Sainteté ! Tu T'es tant manifestée qu'il me semble qu'il n'y a plus que Toi en moi !"

Louis Massignon, La Passion de Hallâj, Gallimard, 1975, t. I, p. 331

Hallâj : L'emprise de la Vérité


"Ahmad Ibn Fâris a dit :
"J'ai vu Hallâj dans le sûq al Qati'a, - debout, devant la porte de la mosquée, et qui disait :

"O gens ! Quand la Vérité s'est emparée d'un coeur, - Elle le vide de tout ce qui n'est pas Elle ! Quand Dieu s'attache à un homme, Il tue en lui tout ce qui n'est pas Lui ! Quand Il aime un de ses fidèles, Il incite les autres à le haïr, afin que son serviteur se rapproche de Lui, pour consentir à Lui !"

Louis Massignon, La Passion de Hallâj, Gallimard, 1975, t. I, p. 331

mardi 11 janvier 2011

Le dernier message de Hallâj selon Massignon

"Transcendance", sculpture de Jocelyn Pratt


"Nous avons là cette double affirmation que la théologie dogmatique de Hallâj développera, et que sa prédication exposera : la pure transcendance divine, - et la présence de Dieu par sa grâce dans les âmes justes qu'elle vient sanctifier par les rites du culte. - L'ascèse négative de l'âme préconisée par Junayd n'est qu'une préparation ; l'ivresse délirante constatée chez Bistâmî n'est pas la vraie et durable présence de Dieu dans le mystique. Dans l'essence de l'union ('ayn al jam'), tous les actes du saint restent coordonnés, volontaires, et délibérés par son intelligence, - mais ils sont entièrement sanctifiés et divinisés. L'unité divine n'a pas pour résultat de détruire la personnalité du mystique, en la brisant aux rites (sabr, sahw) ou en la dissociant par l'ivresse extatique (sukr) ; elle la perfectionne, la consacre, la divinise et en fait son organe libre et vivant.
Telle est la découverte ultime, - et le dernier message exposé par la véhémente prédication de Hallâj après 295/907. Il crie sa joie d'avoir atteint, de posséder "Celui qui est au fond de l'extase", au delà du culte de la contrainte qui plie les uns à se figer dans le rite strict, - au delà du culte de l'enthousiasme qui entraîne les autres à s'exciter à l'extase par des objets créés et des procédés humains ; le terme de ces pratiques est la destruction idolâtrique de l'individualité aux pieds de la divinité impassible. Mais la mystique, selon Hallâj, n'aboutit pas là. L'union divine où elle se consomme sont des épousailles amoureuses où le Créateur rejoint enfin sa créature, où il l'étreint et où celle-ci s'épanche avec son Bien-aimé en dialogues intimes, familiers, brûlants et volubiles ; l'entretien devient continuel entre elle et cet Interlocuteur divin qu'elle possède tout au fond d'elle-même - usant avec lui du "toi et moi", - rapportant tout à lui et lui offrant tout, souffrances, désirs, regrets, espérances. Il n'y a pas de mystique arabe dont la langue amoureuse soit à la fois plus ardente et plus chaste que celle de Hallâj ; aucune transposition des symboles de l'amour profane n'en vient troubler l'élan."

Louis Massignon, La Passion de Hallâj, Gallimard, 1975, pp. 319-20

lundi 10 janvier 2011

La prière de Hallâj au mont Arafat




La prière (du'a) à la station de Arafat constitue le point culminant du pèlerinage. Après avoir imploré le pardon de Dieu pour soi et les absents, les pèlerins doivent Lui adresser une prière libre selon les désirs, les souhaits et les aspirations de leur coeur.
Al-Hallâj accomplit trois pèleringes à La Mecque durant sa vie. Un témoin nous a rapporté cette prière qu'il adressa à Dieu au mont Arafat lors de son dernier pèlerinage, en 907 :

"O Guide des égarés ! Roi glorieux, je Te sais transcendant, je Te dis au-dessus de tous les tasbîh de ceux qui t'ont dit : "Gloire à Toi !", de tous les tahlîl de ceux qui  t'ont dit : "Il n'y a de dieu que Dieu !", de tous les concepts de ceux qui T'ont conçu ! O mon Dieu, tu me sais impuissant à t'offrir l'action de grâces (shukr) qu'il Te faut. Viens donc en moi Te remercier Toi-même, voilà la véritable action de grâces ! il n'y en a pas d'autre !"

Louis Massignon, La Passion de Hallâj, Gallimard, t. I, 1975, p. 319

Massignon : La Passion de Husayn ibn Mansûr Hallâj

Gallimard vient de republier en 2010 dans la collection Tel, la monumentale biographie par Louis Massignon du martyr mystique de l'Islam, Husayn ibn Mansûr al-Hallâj, supplicié à Bagdad en 922.



Tome I, 4e de couverture :

Husayn ibn Mansûr Hallâj, martyr mystique de l'amour inconditionnel de Dieu, éprouvé jusqu'à la damnation volontaire, fut exécuté à Bagdad le 26 mars 922. Sa figure, sa présence accompagnèrent Louis Massignon (1883-1962), l'un des plus grands maîtres de l'orientalisme occidental, au XXe siècle, depuis sa découverte du saint en 1907, qui conduisit à la rédaction de sa thèse principale de doctorat, jusqu'à la publication du grand oeuvre dans cette édition posthume, considérablement augmentée de tous les compléments et rajouts qui furent le fruit d'une incessante quête.

« Avant sa cruelle mise à mort, Hallâj était déjà un personnage de légende et il l'est resté pour le peuple musulman. Maintenant encore, en pays arabe, il passe pour avoir été un thaumaturge gyrovague, fou de Dieu, et charlatan. Dans les autres pays d'Islam, sa physionomie de saint s'est exhaussée, intensément idéalisée, grâce à de grands poèmes persans et turcs, où son nom, Mansûr Hallâj, évoque d'emblée l'extatique déifié et crucifié qui, du haut du gibet, aura clamé le cri apocalyptique annonciateur du Jugement : me voici, la Vérité. »



Tome II, 4e de couverture :

Mars 1907, Massignon prépare au Caire un plan de recherches archéologiques et dans les textes qu'il réunit sur l'histoire du Khalifat à Bagdad « la physionomie d'al Hallâj ressortait, avec une puissance qui - écrivait Massignon - me frappa : le plus beau cas de passion humaine que j'eusse encore rencontré, une vie tendue tout entière vers une certitude supérieure. Le désir me vint de pénétrer, de comprendre et de restituer cet exemple d'un dévouement sans conditions à une passion souveraine ».

« Il n'est pas question de prétendre ici que l'étude de cette vie pleine et dure, et montante, et donnée m'ait livré le secret de son coeur. C'est plutôt lui qui a sondé le mien ; et qui le sonde encore. C'est en baissant les yeux que je salue de loin cette haute figure prométhéenne, toujours voilée pour moi, jusque dans sa nudité suppliciée : alors arrachée à la terre, enlevée, tout ensanglantée, toute déchirée de blessures mortelles, portées par la jalousie du plus ineffable Amour. »


Tome III, 4e de couverture :

L'expérience hallagienne de Louis Massignon, expérience christique et messianique, modèle la conception qu'il se fait de l'Islam et plus particulièrement du soufisme.

« Tous ces documents remués n'ont pas affaibli mon impression primitive, mais l'ont fortifiée. Il y a vraiment une vertu, une flamme héroïque, dans cette vie ; dans la mort surtout ; qui l'a scellée. J'ai été vivre, près de sa tombe, en son pays.
À l'étudier, peu à peu, ici et là, je crois avoir assimilé quelque chose de très précieux et que je voudrais faire partager à d'autres.
Heureux si d'autres que moi ressentent un jour, pour s'être familiarisés avec lui, - ce désir pressant de s'imprégner de la Vérité pleine, non pas abstraite, mais vivante, qui est le sel offert à toute existence mortelle. »


Tome IV, 4e de couverture :

« Ainsi commencé, par goût profane, pendant deux ans, cet ouvrage continué depuis par obéissance chrétienne, s'achève au bout de quatorze années.
Et maintenant, me voici de nouveau à l'orée d'un désert : entendant le vent se lever, sur le seuil de la tente, entre les pierres du foyer, à la brise avant-courrière de midi ; heure bénie, où trois passants qui s'en allaient incendier une cité perdue, s'arrêtèrent, - et offrirent à Abraham, leur hôte d'un instant, l'amitié divine. »

Avis personnel :

Monumental ouvrage pour connaître en détail la vie, la pensée et l'œuvre du martyr mystique Husayn ibn Mansur al-Hallâj mort crucifié à Bagdad en 922. Mais aussi pour découvrir avec lui la vie sociale, politique, culturelle et économique de Bagdad à l'apogée de la civilisation islamique.
Al-Hallâj entreprit de grands voyages pour porter la bonne parole au peuple et aux païens. C'est l'occasion pour nous de parcourir en sa compagnie l'empire abbâsside jusqu'à ses postes les plus avancés. On découvre alors une Umma islamique traversée de crises politiques et de tensions sociales mais également riche de sa diversité éthnique et de son pluralisme confessionnel, idéologique et culturel.
Dans le troisième tome, nous avons l'occasion de lire de nombreux textes de Hallâj magnifiquement traduits et commentés par Louis Massignon.
L'achat de ce livre représentera pour son acquéreur un investissement pour la vie tant il y a à apprendre et à méditer dans la Passion de Husayn ibn Mansûr Hallâj.

dimanche 9 janvier 2011

Al-Hallâj et la tolérance religieuse



Le prosélytisme religieux me laisse toujours perplexe. Face à un monde où les sentiments nationalistes et les intolérances religieuses ne cessent de grandir et de s'exacerber, je me demande si le prosélytisme religieux a encore sa place dans notre monde. Ne convient-il pas plutôt d'aller au devant de l'autre afin de le comprendre dans son altérité, d'établir un dialogue avec lui et de favoriser une compréhension mutuelle ? Je suis toujours surpris et gêné lorsque des Témoins de Jéhovah frappent à ma porte et tentent de me convertir à leurs croyances, comme je suis dubitatif lorsque j'entends des musulmans parler de "Tabligh". Le Coran, au verset 48, de la sourate 5, affirme clairement que la diversité des communautés est voulue par Dieu et qu'elle est un don de Sa part à l'homme. Le mystique al-Hallâj prêchait une parole à portée universaliste comme nous le montre l'extrait ci-dessous. Pour lui, l'essentiel était l'adoration de Dieu et le fait de mener une vie vertueuse, peu importe les dénominations confessionnelles.

Coran, 5, 48 : "Si Dieu l'avait voulu, il aurait fait de vous une seule communauté. Mais il a voulu vous éprouver par le don qu'il vous a fait. Cherchez à vous surpasser les uns les autres dans les bonnes actions. Votre retour, à tous, se fera vers Dieu ; il vous éclairera, alors, au sujet de vos différends." (trad. Denise Masson)

Tiré de la Passion de Hallâj de Louis Massignon :

"On rapporte d'Abdallah bin Tahir Azdi : "j'étais à me quereller avec un Juif au marché de Bagdad, et un mot m'échappa : "chien !" Passant alors à côté de moi, Mansûr al-Hallâj me regarda d'un air fâché et me dit : "ne fais donc pas aboyer ton chien !" et s'éloigna en hâte. Finie ma querelle, je le cherchai, entrai chez lui ; mais il détournait de moi son visage. Je m'excusai et il s'apaisa. Puis il me dit "mon fils, les confessions religieuses, toutes, relèvent du Dieu très Haut ; Il assigna à chaque groupe une confession, non par un choix émanant d'eux, mais en leur imposant Son choix. Quand on reproche à un autre d'appartenir à une confession erronée, c'est qu'on présuppose qu'il l'a choisie de lui-même. Sache que le Judaïsme, la Chrétienté, l'Islam et les autres dénominations confessionnelles sont des surnoms différents et des appellations contrastantes ; mais que leur But, lui, ne souffre ni différence ni contraste ; puis il récita :

"J'ai réfléchi pour donner des confessions religieuses une définition expérimentale
Et je la formule : un Principe unique à ramifications multiples.
N'exige donc pas de ton interlocuteur qu'il adopte telle ou telle dénomination confessionnelle,
Cela l'empêcherait de parvenir à l'union loyale (avec toi et avec Dieu).
C'est au Principe lui-même de venir à cet homme, et d'élucider
En lui toutes les significations suprêmes : et alors cet homme comprendra (tout)."

Louis Massignon, La Passion de Hallâj, Gallimard, t. I, 1975, pp. 238-9

samedi 8 janvier 2011

Massignon : La Passion de Hallâj


4e de couverture :

"Ce grand oeuvre reste l'un des plus hauts témoignages de l'actuel renouveau des études islamiques. Publié en deux volumes en 1922, il fit date. Mais l'ouvrage étant épuisé rapidement, nombreux étaient les savants, aussi bien d'Orient que d'Occident qui en réclamaient avec insistance la réédition.
A cette réédition, Louis Massignon ne cessa jusqu'à sa mort (1962) de travailler. Avec le souci d'objectivité scientifique et la profonde sympathie intellectuelle qui le caractérisait, il pénétrait toujours plus loin dans la connaissance du milieu bagdadien où vécut et mourut Hallâj, s'appliquant à en saisir les structures sociales aussi bien que spirituelles. Il a donc laissé un ensemble de manuscrits très élaborés qui constituent une refonte complète du texte ancien. Une importante équipe scientifique dirigée par le professeur Henri Laoust, membre de l'Institut, et M. Louis Gardet en a fait, en quatre volumes, l'édition entièrement nouvelle que voici.
Dans les deux premiers volumes, on trouvera l'évocation puissante de ce que fut Bagdad au IXe et Xe siècles, au temps du grand humanisme abbâsside, l'existence concrète du peuple, des fonctionnaires et de la cour, la signification qu'y revêtirent la vie, le procès et la mort de Hallâj (922), les prises de position des amis et ennemis du mystique, et son influence, tantôt combattue, tantôt agréée au cours des âges. Le troisième volume s'attache à la recension et à la synthèse des grands thèmes "dogmatiques" et "mystiques" qui commandèrent jadis les avancées de la pensée arabo-musulmane et qui seuls peuvent permettre de dégager en sa teneur profonde l'enseignement hallagien. Le quatrième volume est consacré tout entier aux tables, index, bibliographies et compléments indispensables à cette édition monumentale et définitive."

Avis personnel :

Monumental ouvrage pour connaître en détail la vie, la pensée et l'oeuvre du martyr mystique Husayn ibn Mansur al-Hallâj mort crucifié à Bagdad en 922. Mais aussi pour découvrir avec lui la vie sociale, politique, culturelle et économique de Bagdad à l'apogée de la civilisation islamique.
Al-Hallâj entreprit de grands voyages pour porter la bonne parole au peuple et aux païens. C'est l'occasion pour nous de parcourir en sa compagnie l'empire abbâsside jusqu'à ses postes les plus avancés. On découvre alors une Umma islamique traversée de crises politiques et de tensions sociales mais également riche de sa diversité et de son pluralisme confessionnel, idéologique et culturel.
Dans le troisième tome, nous avons l'occasion de lire de nombreux textes de Hallâj magnifiquement traduits et commentés par Louis Massignon.
Signalons enfin que Gallimard a republié en 2010 dans la collection Tel, en format poche, l'intégralité des quatre volumes de la Passion de Hallâj. Une occasion à ne pas manquer. L'achat de ce livre représentera pour son acquéreur un investissement pour la vie tant il y a à apprendre et à méditer dans la Passion de Hallâj.