Sindbad PUZZLE

Retrouvez des chefs-d'oeuvre de la miniature persane et indienne en PUZZLES sur le site : http://www.sindbad-puzzle.com/

lundi 31 janvier 2011

Tagore : Accept me

Tagore

Accept me, dear God, accept me for this while.
Let those orphaned days that passed without You be forgotten.
Only spread this little moment wide across Your lap, holding it under Your light.
I have wandered in pursuit of voices that drew me, yet led me nowhere.
Now let me sit in peace and listen to Your words in the soul of my silence.
Do not turn away Your face from my heart's dark secrets, but burn them till they are alight with Your fire.

Rabindranath Tagore, The heart of God. Prayers of Rabindranath Tagore, Tuttle Publishing.

mardi 25 janvier 2011

Tobias Wolff : "Old School" ("Portrait de classe")



4e de couverture :

"At one prestigious American public school, the boys like to emphasise their democratic ideals - the only acknowledge snobbery is literary snobbery. Once a term, a famous writer visits and a contest takes place. The boys have to submit a piece of writing and the winner receives a private audience with the visitor. But then it is announced that Hemingway, the boys' hero, is coming to the school. The competition intensifies on - honour, loyalty and friendship - are crumbling under the strain. Only time will tell who will win and what it will cost them."

Avis personnel :


Old School se déroule dans un établissement privé d’enseignement secondaire. La particularité de cet établissement est qu'enseignants et élèves sont férus de littérature. Toute la vie de l'école gravite autour des lettres : on dévore les livres, on écrit furieusement et on débat avec passion. La ferveur littéraire atteint son paroxysme lors de la visite dans l'école, chaque trimestre, d'un écrivain célèbre. A cette occasion, un concours littéraire est organisé parmi les élèves de dernière année. Le lauréat est récompensé par la publication de son écrit en première page dans le journal de l’école et reçoit l’honneur exceptionnel de se voir accorder un entretien privé avec l’écrivain.
Old School est écrit dans un style simple et clair. Tobias Wolff excelle à décrire avec beaucoup de subtilité et de pénétration psychologique les tiraillements intérieurs, les sentiments et les émois provoqués dans une âme juvénile par la rencontre et la confrontation avec le monde des adultes. Tobias Wolff nous montre comment la lecture et l’écriture peuvent jouer, chez l'adolescent, un rôle déterminant dans le développement d'un raisonnement lucide et pertinent sur les problématiques du monde, dans l'approfondissement de la connaissance de soi et dans la faculté d'interagir avec ses semblables dans la société. Mais Old School est bien plus que cela. C'est avant tout une histoire profondément émouvante sur le parcours de vie et le destin des principaux protagonistes du livre : le narrateur, le doyen de l'école, le professeur de lettres. Le ton du récit tout au long du livre est tout à la fois tendre, drôle, ironique et doux-amer.
Il est curieux que ce livre, un best-seller aux Etats-Unis, n’ait pas eu plus de succès en France, pourtant pays de la culture et des belles lettres, où il passe quasiment inaperçu. C’est un livre à mettre entre les mains de tous les amoureux des livres et des écrivains en herbe. Old School montre de façon remarquable le rôle salutaire que peut jouer la littérature dans la construction de la personnalité, dans la formation d'un esprit critique, et dans l'épanouissement d'une conscience citoyenne chez les sujets jeunes.
Une traduction de ce livre est disponible en français sous le titre "Portrait de classe", chez Plon.

lundi 24 janvier 2011

Robert Frost : Aspiration to the light and Form in poetry

"Grieving Patroklos", by Troy Caperton

"- Stopping by Woods on a Snowy Evening", Frost said. He put both hands on the pulpit and peered at Mr. Ramsey.
- [Mr Ramsey :] Yes, sir. Now that particular poem is not unusual in your work for being written in stanza form, with iambic lines connected by rhyme.
- Good for you, Frost said. They must be teaching you boys something here. [...] You had a question ?
- Yes, sir. The question is whether such a rigidly formal arrangement of language is adequate to express the modern consciousness. That is, should form give way to more spontaneous modes of expression, even at the cost of a certain disorder ?
- Modern consciousness, Frost said. What's that ?
- Ah! Good question, sir. Well - very roughly speaking, I would describe it as the mind's response to industrialization, the saturation propaganda of governments and advertisers, two world wars, the concentration camps, the dimming of faith by science, and of course the constant threat of nuclear annihilation. Surely these things have had an effect on us. Surely they have changed our thinking.
- Surely nothing. Frost stared down at Mr Ramsey.
If this had been the Las Judgement, Mr. Ramsey and his modern consciousness would've been in for a hot time of it. He couldn't have looked more alone, standing there.
- Don't tell me about science, Frost said. I'm something of a scientist myself. Bet you didn't know that. Botany. You boys know what tropism is, it's what makes a plant grow toward the light. Everything aspires to the light. You don't have to chase down a fly to get rid of it - you just darken the room, leave a crack of light in a window, and out he goes. Works every time. We all have that instinct, that aspiration. Science can't - what was your word? dim? - science can't dim that. All science can do is turn out the false lights so the true light can get us home.
Mr. Ramsey began to say something, but Frost kept going.
- So you don't tell me about science, and don't tell me about war. I lost my nearest friend in the one they call the Great War. So did Achilles lose his friend in war, and Homer did no injustice to his grief by writing about it in dactylic hexameters. There've always been wars, and they've always been as foul as we could make them. It is very fine and pleasant to think ourselves the most put-upon folk in history - but then everyone has thought that from the beginning. It makes a grand excuse for all manner of laziness. But about my friend. I wrote a poem for him. I still write poems for him. Would you honor your own friend by putting words down anyhow, just as they come to you - with no thought for the sound they make, the meaning of their sound, the sound of their meaning? Would that give a true account of the loss?
Frost had been looking right at Mr. Ramsey as he spoke. Now he broke off and let his eyes roam over the room.
- I am thinking of Achilles' grief, he said. That famous, terrible, grief. Let me tell you boys something. Such grief can only be told in form. Form is everything. Without it you've got nothing but a stubbed-toe cry - sincere, maybe, for what that's worth, but with no depth or carry. No echo. You may have a grievance but you do not have grief, and grievances are for petitions, not poetry."

Tobias Wolff, Old School, Bloomsbury

vendredi 21 janvier 2011

Hallâj : "Les brises de Sa pitié"

Photo Robert Swier

 "Un des signes de Sa toute-puissance est qu'Il envoie les "brises de Sa pitié" [Coran, VII, 57] vers les coeurs de Ses amoureux, leur portant la bonne nouvelle que les voiles de la réserve vont s'écarter, pour qu'il parcourent sans crainte toute l'étendue de l'amour : et qu'Il les abreuve aussi largement du breuvage de la joie. Et les souffles de Sa générosité passent sur eux, - ils les bannissent de leurs qualités et les ressuscitent en Ses qualités et Ses attributs même, car nul ne peut fouler le tapis étendu de la Vérité, tant qu'il demeure au seuil de la séparation, tant qu'il ne voit en toutes les essences une seule Essence, tant qu'il ne voit ce qui passe comme périssant, et Celui qui demeure comme Subsistant".

Louis Massignon, La Passion de Hallâj, Gallimard, 1975, t. III, p. 49

mercredi 19 janvier 2011

Hallâj : L'Humanité de Dieu


A qui al-Hallâj fait allusion dans les vers ci-dessous ? Massignon y voyait Jésus en tant que manifestation du fiat divin. Certains soufis y verraient Khidr, les chiites, leur Imâm en tant que Mazhâr-e Khuda et les Hindous, Rama ou Krishna. Jésus avait été un sujet de méditation de prédilection pour al-Hallâj. Ne déclarait-il pas qu'il mourrait dans "la religion de la Croix" ? Et Massignon avait relevé dans le vocabulaire hallâgien l'empreinte importante des qarmates. Toujours est-il que les propos d'al-Hallâj sont particulièrement intrigants et mystérieux.

"Subhâna man azhara nâsûtuhu..." :

Louange à Celui qui, dans son Humanité, a manifesté (aux Anges)
Le mystère de la gloire de Sa Divinité radieuse !
Et qui, depuis, S'est montré à Sa créature (humaine), ouvertement.
Sous la forme de quelqu'un "qui mange et qui boit"
[1].
Si bien que Sa créature a pu Le voir face à face,
Comme le clin d'oeil (va) de la paupière à la paupière !


Louis Massignon, La Passion de Hallâj, Gallimard, 1975, t. I, p. 113
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[1] "âkil wa sharib", ces termes visent Jésus dans le Coran, au verset V, 75

lundi 17 janvier 2011

Les Riwayât d'al-Hallâj



Les Riwayât de Hallâj sont des hadith qudsi c'est à dire des hadith où l'on fait parler Dieu à la première personne. Comme pour tous les hadith, les Riwayât sont composées de deux parties : l'isnad (la chaîne des rapporteurs ou témoins par lesquels le hadith a été transmis) et le matn (le corps du texte). Mais dans les isnad des Riwayât, Hallâj ne donne pas de noms de transmetteurs, il les remplace par l'invocation d'une série de phénomènes naturels (nuage, arc-en-ciel, tonnerre, éclair, vent ...) et par des symboles coraniques (le Jujubier du limite, la Tablette bien gardée, le grand Ange...). Al-Hallâj prend ainsi les phénomènes naturels et les symboles coraniques comme témoins, garants et preuves de l'authenticité des hadith qudsi qu'il énonce. A bien des égards, les Riwayât nous font penser à certaines sourates de la période mecquoise qui débutent par des serments : "par la nuit, par l'aurore, par l'étoile à son lever...".
Selon Louis Massignon, les Riwayât font partie de la toute première période littéraire de Hallâj. Au nombre de vingt-sept en tout, elles se caractérisent par leur brièveté et leur simplicité ; ce sont essentiellement des exhortations populaires à mener une vie intérieure fervente, pleine de piété et de renoncement.

En voici quelques unes de ces Riwayât :

Riwaya VII :

"Par le rêve véridique, par l'ange sage, par le grand Kérub[l'ange Isrâfil ou Azraël], par la Tablette bien gardée, par la Science : "Nul n'adore Dieu par un acte qui Lui soit plus agréable qu'en L'aimant."

Riwaya XI :

"Par le nuage amoncelé, par l'éclair qui ravit, par le tonnerre sacré, par l'ange de la grâce, - par cette énergie tenue en réserve, dont les cataractes bruissent dans le mystère, à l'horizon de la lumière, entre le soleil et la lune : "Le Qur'ân est la résurrection, et le monde est le signe du paradis et de l'enfer. Heureux celui que la connaissance du Créateur détache de celle du créé !"

Riwaya XXI :

"Par l'heure des heures, par la beauté, par la grâce, par la volonté intime, de la part de Dieu : "L'amour de Mes amis démontre Mon amour, la volonté de Mes saints démontre Ma volonté, le précepte de Mes sages démontre Mon précepte. Tout ce qui existe, existe de par Ma science, Ma puissance et Ma volonté."

Louis Massignon, La Passion de Hallâj, Gallimard, 1975, t. III, pp. 344-352

dimanche 16 janvier 2011

Hallâj : La prière de l'aube

Etienne Dinet, La prosternation, prière au lever du jour
Hallâj, Riwâya I :

"(Ceci m'est annoncé :) par l'esprit vivifiant, la lueur de l'ouïe et la vision de l'homme, toutes deux de la part de l'Absolu, du mystère, du Nom évident, de Dieu : "que la race d'Adam ne M'offre pas de culte plus agréable que la prière, prosternée à terre, au moment de la fin de la nuit".

Louis Massignon, La Passion de Hallâj, Gallimard, 1975, t. III, p. 345

Hallâj : Muhammad et sa descendance


Riwâya XVIII d'al-Hallâj :

"Par la nature (de l'homme), par l'ombre étendue, par le témoin exalté, par la clarté incomparable : "Dieu n'a jamais créé de nature humaine plus affectionnée par Lui que (celle de) Muhammad et (de) sa descendance ('itra) : ils ont toutes les qualités (khulq) pour le Paradis."

Louis Massignon, La Passion de Hallâj, Gallimard, 1975, t. III, p. 348

vendredi 14 janvier 2011

Hallâj : Sauvez-moi de Dieu


"Ibn Marduyé a dit :

"J'ai vu Hallâj, dans le sûq al-Qata'i, pleurer, plein de chagrin, et s'écrier : "ô gens ! sauvez-moi de Dieu (à trois reprises) ! - puis il récita : car Il m'a ravi à moi-même, et Il ne me rend pas à moi-même ! et je ne puis Lui témoigner les égards dus à sa présence, car j'ai crainte de son abandon. - Alors, Il me laissera désert, délaissé, proscrit ! et malheur à celui que se sent désert après la Présence et abandonné après la Jonction ! - et l'on pleurait."

Louis Massignon, La Passion de Hallâj, Gallimard, 1975, t. I, p. 329

Hallâj : Ma barque s'est brisée


"Oui, va-t-en prévenir mes amis que je me suis
embarqué en mer et que ma barque s'est brisée
C'est dans la confession de la Croix que je mourrai
je ne me soucie plus d'aller à la Mekke ni à Médine !"

Louis Massignon, La Passion de Hallâj, Gallimard, 1975, t. I, p.

Hallâj : Rien que Toi


"J'ai étreint, de tout mon être, tout Ton amour, ô ma Sainteté ! Tu T'es tant manifestée qu'il me semble qu'il n'y a plus que Toi en moi !"

Louis Massignon, La Passion de Hallâj, Gallimard, 1975, t. I, p. 331

Hallâj : L'emprise de la Vérité


"Ahmad Ibn Fâris a dit :
"J'ai vu Hallâj dans le sûq al Qati'a, - debout, devant la porte de la mosquée, et qui disait :

"O gens ! Quand la Vérité s'est emparée d'un coeur, - Elle le vide de tout ce qui n'est pas Elle ! Quand Dieu s'attache à un homme, Il tue en lui tout ce qui n'est pas Lui ! Quand Il aime un de ses fidèles, Il incite les autres à le haïr, afin que son serviteur se rapproche de Lui, pour consentir à Lui !"

Louis Massignon, La Passion de Hallâj, Gallimard, 1975, t. I, p. 331